Au sein de la grisaille.
Tache rouge vif, une borne à incendie.
Puis tache orangée, le sac de la personne au manteau brun qui marche.
Dans cet alignement, plus loin, plus pâle, d’un vert brun : un semblant de végétation, des arbres faméliques entre des blocs de béton brut et sans couleur. Ils dominent l’humain. Le sol aussi, démesuré. Il pourrait tout aussi bien être occupé par une armée dans un pays totalitaire, ou ne jamais aboutir, la femme marcherait sans fin, ou encore deux militaires viendraient s’emparer de la femme, « Zone surveillée, qu’est-ce que vous faites là ? », ou encore la personne serait indifférente aux dangers encourus lors de la traversée du parvis.
En fait, ce parvis entoure de la substance humaine, plus qu’humaine, une bibliothèque qu’on ne voit pas, qu’on ne devine pas, qui se cacherait s’il n’y avait hors cadre quatre immenses tours en forme de livre ouvert, la Bibliothèque Nationale de France ou BNF.
Mais retour au lieu démesurément artificiel.
Les lignes de fuite emmènent le regard ailleurs, vers le haut de l’image, là où elles convergent, derrière un parc aux tristes arbres d’hiver, sans teintes, que je n’avais pas remarqué d’emblée, à côté d’immenses barres d’immeubles de quinze ou vingt étages.
Mon regard résiste à cette perspective principale, il est accaparé par la ligne des couleurs qui coupe les nombreuses lignes de fuites et aboutit à cette tentative d’humanisation du lieu bétonné, les arbustes maladifs que ne remarque pas la personne au sac et au manteau en fausse fourrure.
​​​​​​​Ces arbres chétifs, malingres, rachitiques (les synonymes affluent) sont le fruit sans doute d’un architecte paysager qui a travaillé de concert ou contre les architectes bétonnants du parvis. Un rajout de végétation après-coup, ou un maigre pourcentage d’espace concédé par ces architectes omnipuissants que j’avais déjà vus à l’œuvre quand ils avaient construit l’hôpital en béton brut pour enfants de Lyon. On (le personnel soignant) leur disait « Pas humain pour des enfants malades tant de béton », ils ne nous entendaient pas, ils ne nous voyaient pas, on leur répétait plus fort « Pas humain du tout, un tel environnement, aucune chaleur ». Ils regardaient par-dessus nous, accrochaient les regards des administratifs et des politiques, répondaient à côté avec des grossièretés telles que cahier des charges, Le Corbusier, budget à tenir.
Arbres débiles et souffreteux, mon cerveau a inversé la photo et me présente une nature flamboyante. Et au sein de cette nature, quelques pour cent d’artifices, conçus, je ne l’imagine pas autrement, pour que les humains la côtoient, s’en imprègnent, s’immergent dedans, s’adaptent à elle :
Alors, j’ai marché longtemps sur les chemins des montagnes qui m’environnent. Puis, je suis allé sur le site de la BNF, j’ai ouvert un carnet de Marcel Proust : « Il me fallait rendre aux moindres signes qui m’entouraient leur sens que l’habitude leur avait fait perdre pour moi. ».

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